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Je pense être une femme de coeur, fidèle à mes convictions et à mes amis, et bien décidée à saisir toutes les opportunités de la vie.

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Bienvenue sur mon Bloc Nat, un espace de découverte et de partage.
J'ai conçu ce blog comme un mille feuille de mes passions, à la fois musée et bibliothèque virtuels et vivants, mais aussi reflet du regard que je porte sur les choses de la vie.
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Dear all,
Welcome on my Bloc Nat, a special space for shared discoveries.
I created this blog as a "mille feuille" of my passions, both virtual museum and library. It's also the way I look at things in life. My goal is to inform you of my desire and my love of learning... beyond borders. Enjoy with me !

mardi 4 octobre 2016

J'ai lu pour vous Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti

Une Bouteille dans la mer de Gaza 

Valérie Zenatti




GAZA, un nom qui fait trembler, pleurer, questionner… C’est ce territoire à la fois historique et mythique qui sert de cadre au roman de  Valérie Zenatti.
L’intrigue commence en 2003, au milieu des bombardements de Jérusalem. C’est la guerre et de multiples interrogations se bousculent dans la tête de Tal, jeune adolescente israélienne de 15 ans : Pourquoi ? Pourquoi eux ? Pourquoi nous ? « A quoi ressemblerait ma vie si je savais qu’il ne me restait que trois années avant de mourir ? » Au-delà du contexte politique du conflit israélo-palestinien constamment évoqué, voilà le lecteur emporté par les états d’âme de Tal, jeune fille en mal de contact, qui décide, un jour, d’envoyer une lettre à une adolescente comme elle, de l’autre côté de la frontière, en Palestine. Elle écrit donc un message pour un destinataire imaginaire et le confie à son frère soldat,  dans une bouteille à abandonner quelque part dans les ruines de Gaza, dans l’espoir qu’il soit lu et qu’on lui réponde. Lancer une bouteille à la mer est une expression devenue classique en Français pour signifier qu’on envoie un message de détresse, un appel à l’aide, dans l’espoir d’être entendu et sauvé. «  Qu’est-ce que j’attends de lui ? Une amitié ? Une confrontation ? Une déception ? » Le message de Tal va, comme par magie, trouver un destinataire, non pas une fille mais un garçon, qui sous le nom de Gazaman va entreprendre un échange de mails avec Tal. L’écriture romanesque de l’auteur tisse alors le portrait croisé de deux adolescents d’aujourd’hui : leurs peurs, leurs peines ; leurs rêves et leur profond besoin d’amitié. Car, vous savez, la mer de Gaza, elle n’existe pas. C’est là toute la magie du roman. La mer de Gaza c’est finalement la mer de nos vies, la mer où l’on espère, la mer où l’on se perd et où l’on doit sans cesse se demander qui l’on est et ce que l’on veut, qui l’on aime et ce que l’on croit. Une mer qui nous invite à être toujours à l’écoute de l’autre, des sentiments et des pensées de nos voisins, à la fois semblables et différents, à la fois si proches et si lointains. Une mer de paix, d’humanité et d’espoir. «  C’est ainsi, nous sommes nés là où la terre brûle, où les jeunes se sentent vieux très tôt, où c’est presque un miracle lorsque quelqu’un meurt de mort naturelle. Et moi, je veux continuer à croire que, si lui et moi parvenons à nous parler vraiment, ce sera la preuve que nous ne sommes pas deux peuples condamnés à perpétuité à la haine, sans remise de peine possible. »
C’est le beau message que nous livre Valérie Zenatti.

Ce roman a également été adapté en film, avec des libertés cinématographiques par rapport au livre :


dimanche 25 septembre 2016

J'ai lu pour vous Chagrin d'école de Daniel Pennac

Chagrin d'école de Daniel Pennac





En France, l’année scolaire commence au mois de septembre après de longues vacances estivales et se termine en juin. Certains enfants aiment l’école, d’autres sont tristes d’y retourner. On dit qu’ils ont du chagrin. C’est cette expression que Daniel Pennac a choisi pour titre de son roman autobiographique : Chagrin d’école, pour lequel il a obtenu le prix Renaudot en 2007. L’objectif de l’auteur est d’exposer dans ce livre « la douleur partagée du cancre ( le mauvais élève ), des parents et des professeurs. »


Le roman commence par une scène touchante où l'écrivain évoque sa mère devenue presque centenaire et qui ne comprend pas que son petit est devenu un écrivain célèbre.

Commençons par l’épilogue : Maman, quasi centenaire, regardant un film sur un auteur qu’elle connaît bien. On voit l’auteur chez lui, à Paris, entouré de ses livres, dans sa bibliothèque qui est aussi son bureau. La fenêtre ouvre sur une cour d’école. Raffut de récré. On apprend que pendant un quart de siècle l’auteur exerça le métier de professeur et que s’il a choisi cet appartement donnant sur deux cours de récréation, c’est à la façon d’un cheminot qui prendrait sa retraite au-dessus d’une gare de triage. Puis on voit l’auteur en Espagne, en Italie, discutant avec ses traducteurs, blaguant avec ses amis vénitiens, et sur le plateau du Vercors, marchant, solitaire, dans la brume des altitudes, parlant métier, langue, style, structure romanesque, personnages…Nouveau bureau, ouvert sur la splendeur alpine, cette fois. Ces scènes sont ponctuées par des interviews d’artistes que l’auteur admire, et qui parlent eux-mêmes de leur propre travail : le cinéaste et romancier Dai Sijie, le dessinateur Sempé, le chanteur Thomas Fersen, le peintre Jürg Kreienbühl.
Retour à Paris : l’auteur derrière son ordinateur, parmi ses dictionnaires cette fois. Il en a la passion, dit-il. On apprend d’ailleurs, et c’est la conclusion du film, qu’il y est entré, dans le dictionnaire, le Robert, à la lettre P, sous le nom de Pennac, de son nom entier Pennacchioni, Daniel de son prénom.
Maman, donc, regarde ce film, en compagnie de mon frère Bernard, qui l’a enregistré pour elle. Elle le regarde d’un bout à l’autre, immobile dans son fauteuil, l’œil fixe, sans piper mot, dans le soir qui tombe.
Fin du film.
Générique.
Silence.
Puis, se tournant lentement vers Bernard, elle demande :
Tu crois qu’il s’en sortira un jour ?      

     
Personne ne comprenait pourquoi Daniel était moins doué que ses frères. 

Bien entendu se pose la question de la cause originelle. D’où venait ma cancrerie ? Enfant de bourgeoisie d’Etat, issu d’une famille aimante, sans conflit, entouré d’adultes responsables, qui m’aidaient à faire mes devoirs… Père polytechnicien, mère au foyer, pas de divorce, pas d’alcooliques, pas de caractériels, pas de tares héréditaires, trois frères bacheliers ( des matheux, bientôt deux ingénieurs et un officier ), rythme familial régulier, nourriture saine, bibliothèque à la maison, culture ambiante conforme au milieu et à l’époque ( père et mère nés avant 1914 ) : peinture jusqu’aux impressionnistes, poésie jusqu’à Mallarmé, musique jusqu’à Debussy, romans russes, l’inévitable période Teilhard de Chardin, Joyce et Cioran pour toute audace… Propos de table calmes, rieurs, cultivés.
Et pourtant, un cancre.
(…)
Un cancre sans fondement historique, sans raison sociologique, sans désamour : un cancre en soi. Un cancre étalon. Une unité de mesure.


Ses mauvais résultats scolaires n’ont pourtant pas empêché Daniel Pennac de devenir professeur de français puis écrivain à succès, mais il explique à quel point son expérience négative de l’école a marqué à vie sa personnalité et la façon d’exercer son métier.

En lisant ce livre vous découvrirez pourquoi « le savoir est d’abord charnel », vous comprendrez qu’un mauvais élève « c’est comme un oignon qui entre en classe »,  et vous partagerez avec Daniel Pennac le plaisir de la lecture qu’il aime tant et qui l'a sauvé, dit-il.


Bonne lecture !

mardi 20 septembre 2016

J'ai lu pour vous JACOB JACOB de Valérie Zenatti

JACOB JACOB de Valérie Zenatti



Le sommet d’une montagne rocheuse, des falaises, les figuiers de barbarie de Constantine… le décor est planté. Jacob, 19 ans, s’élance sur un pont suspendu au-dessus du Rhummel, subtil symbole du passage entre deux mondes que Jacob va tenter de faire coexister à l’occasion de son engagement dans l’armée française, lui le bon élève féru de poésie et plein de douceur face à la barbarie guerrière. Les hommes de la famille sont fiers de ce départ, mais pas Rachel, sa mère, qui l’enveloppe d’un regard plein d’inquiétude. Il faut dire qu’elle l’aime tant son Jacob, ce fils inespéré, dernier d’une grande fratrie, à qui elle a choisi de redonner ce prénom meurtri : Jacob, Jacob, pour succéder à un fils perdu. C’est donc malgré elle que Jacob va partir à la rencontre de la guerre qui « transforme les hommes en viande » nous dit Valérie Zenatti et leur fait oublier pour quoi et pour qui ils se battent. Les conflits se succèdent, et la ferveur s’étiole. C’est avec une grande tendresse que l’auteur nous emporte dans les doutes de cette mère juive algérienne dont l’amour infini défie le temps et interroge l’Histoire, de 1944 à 1969.

Extrait :


Comment les autres font-ils pour dormir, se demande Jacob dans cette tente au milieu du désert où il claque des dents, comment font-ils pour faire taire les questions ? Qu’est-ce qui l’a préparé à être là depuis sa naissance ? Les noyaux d’abricot transformés en osselets, les cerfs-volants fabriqués avec des roseaux, du papier journal, de la farine et de l’eau en guise de colle, non, les livres empruntés à l’école, la musique, les cigarettes fumées en douce dans les grottes, les filles regardées comme un mystère effrayant et gracieux, non, les disputes, les prières, les plats de fêtes, les chutes dans les rochers du Rhumel, les blessures aux genoux, les mains écorchées, non, rien ne l’a amené ici naturellement, pas même de jouer aux soldats avec ses copains, d’imaginer qu’ils étaient sur un champ de bataille, rejouant Verdun, le plus souvent, ou les Dardanelles. Ils aimaient ce mot répété par les anciens, ils s’en gargarisaient littéralement en se délectant de faire rouler le r pris entre les deux d, avant de l’adoucir par la dernière syllabe qui s’envolait sous la langue. Ils clamaient Dardanelles et ils y étaient. Tu es un soldat allemand, pan, je te tue, tu es mort, allez, viens, on va s’acheter un créponné, j’ai piqué cinquante centimes à mon frère. Le goût du citron glacé envahit le palais de Jacob, affole la mémoire nichée dans ses papilles, il s’interroge encore, comment les autres font-ils pour dormir. Lui n’y arrive pas, malgré l’entraînement qui fait exploser sa poitrine trop pleine d’un air brûlant qu’elle ne parvient pas à réguler, déchire ses muscles, rétifs à la perspective de se tendre encore et se tendant quand même, et les humiliations du sergent-chef qui a l’air de n’avoir jamais été un enfant, ou alors un enfant cruel, de n’avoir jamais eu dix-huit ans mais toujours trente, il dit courez, il dit à terre, il dit grimpez, il dit tirez, il dit debout, il dit mous comme vous êtes, vous n’allez pas tenir, bêtes comme vous êtes, vous allez tous mourir, c’est son vocabulaire, personne ne l’a jamais entendu articuler merci, peut-être, bonne nuit, dire qu’il y a des mots qu’un homme peut ne pas prononcer de toute sa vie.

La force de l'écriture de Valérie Zenatti et sa puissance d'évocation valent vraiment le détour.

Bonne lecture !