Qui êtes-vous ?

Ma photo

Difficile de se définir en quelques mots. 
Je pense être une femme de coeur, fidèle à mes convictions et à mes amis, et bien décidée à saisir toutes les opportunités de la vie.

Bienvenue

Chers amis du monde entier,
Bienvenue sur mon Bloc Nat, un espace de découverte et de partage.
J'ai conçu ce blog comme un mille feuille de mes passions, à la fois musée et bibliothèque virtuels et vivants, que j'ai eu le plaisir de partager avec le public japonais lors de mes interventions à l'Institut Français du Japon à Tokyo.
Mon objectif ? Vous communiquer le désir et le plaisir d'apprendre et d'échanger ...au-delà des frontières.

Dear all,
Welcome on my Bloc Nat, a special space for shared discoveries.
I created this blog as a "mille feuille" of my passions, both virtual museum and library during my work at French Institute In Japan, Tokyo. My goal is to inform you of desire and love of learning... beyond borders. Enjoy with me !

mardi 14 novembre 2017

PERLE de Yujin Koyama



Quand j’ai ouvert ce livre, je ne savais pas du tout ce qui m’attendait. Il faut dire qu’il est très rare que je rencontre un auteur avant d’avoir lu une seule de ses lignes.
Je suis donc entrée dans ce récit sans a priori, sans connaissance, mais avec une curiosité sans limite. LA PERLE, ce titre à la fois beau et mystérieux sonne comme un appel au lecteur, un appel du large. Qu’est-ce qui attend le lecteur que nous sommes ? Un secret ? Un trésor ? Une intimité cachée ? Un souffle sacré ? Une aventure humaine ? Peut-être un peu de tout cela …
Une chose est sûre, c’est que les indications médicales et raisonnées des premières pages laissent vite place à un univers onirique et fantastique dans lequel le lecteur se laisse embarqué, sans jamais savoir réellement où il est, qui est qui, et ce que représente LA PERLE. Ne serions-nous pas nous-mêmes cette perle scintillante et ardente ? La perle, comme un souffle de vie et d’envie qui nous pousse vers nos plus intimes passions et nos plus belles créations.

« Je me souviens que je considérais cette perle comme le trésor que je voulais protéger à tout prix, et que je craignais plus que tout que, dans cette confusion indescriptible, quelqu’un ne me la dérobât. »

Je crois que le passage que je préfère est le suivant, peut-être parce qu’il me rappelle la saveur de Tokyo et que la traduction est de qualité ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

«  Alors que je rentrais chez moi d’un pas léger, je m’éloignai du tumulte de Tokyo en m’enfonçant dans un parc. J’étais entouré de rangées de cerisiers et j’entendais le bruit sourd de mes pas sur l’herbe. Les arbres étaient en pleine floraison, formant de gros paquets de fleurs brillantes dont il me semblait entendre le murmure aux sonorités métalliques, bruissant dans le vent. Mais, il me sembla aussi voir un visage sur la gazon du par cet je sentis un vent froid dans le dos. Alors que j’étais en train de me dire qu’il s’agissait peut-être des signes d’une fièvre du soir, peu après, les tendres fleurs de cerisiers se mirent à voler. Je ressentis autour de moi une pression qui troubla ma vision, me faisant voir une fine peau plissée qui se détachait. Comme si j’enlevais le masque que j’utilisais jusque-là pour m’isoler du monde. J’écarquillai les yeux. Peu de temps avant, l’air qui frôlait mes joues m’avait semblé différent. »




lundi 13 novembre 2017

Histoires pressées de Bernard FRIOT

Pressé comme un citron au travail ? Toujours pressé du matin au soir ? Il faut bien l'avouer, le temps passe toujours trop vite et cela ne s'arrange pas avec les années !
Alors si vous avez besoin d'une petite pause salutaire avec vos enfants ou vos petits enfants, je vous conseille les histoires pressées de Bernard Friot.
Une succession d'histoires courtes, poétiques, et drôles qui peuvent être le point de départ de conversations tout aussi drôles et émouvantes avec qui vous voudrez...


Pour vous faire une idée...

Recette de cuisine
J’ai pu enregistrer, dans le bac à légumes de mon réfrigérateur, une conversation émouvante entre une pomme golden et une pomme de terre.
Voici ce document étonnant :
-       Ah, chère madame, dit la pomme golden à la pomme de terre, il faut que je vous raconte ce qui est arrivée à ma meilleure amie, une pomme de reinette que je connais depuis l’école maternelle. C’est absolument é-pou-van-ta-ble !  Figurez-vous qu’on en a fait de la marmelade ! Deux individus se sont emparés d’elle, un homme tout en blanc et une jeune femme avec un grand tablier bleu. La femme a pris un couteau spécial et elle a déshabillé complètement ma copine. Imaginez un peu : toute nue sur une table de cuisine ! L’homme, lui, l’a découpée en quatre, comme ça, zic zac, en deux coups de couteaux. Et il lui a arraché le cœur avec tous ses pépins.
-       Arrêtez, arrêtez, c’est horrible ! s’écria la pomme de terre en se bouchant, stupidement les yeux.
-       Ce n’est pas fini, poursuivit la pomme golden. Ils ont ajouté un tout petit peu d’eau et, hop ! ils ont allumé le gaz. Au bout de deux minutes, avec la vapeur, c’était pire que dans un sauna.
-       Oh, un sauna, dit la pomme de terre, c’est bon pour la santé.
-       Eh bien, répliqua la pomme golden, je voudrais bien vous y voir ! Au bout de vingt minutes environ, les copines étaient toutes fondues, une vraie bouillie. Alors l’homme a pris une cuillère en bois, il a rajouté 50 grammes de sucre et un peu de cannelle et il a bien remué le tout.
-       Hm,hm, murmura la pomme de terre, ça devait sentir bon !
-       Oh, vous ! vous n’avez pas de cœur ! s’écria, indignée, la pomme golden.
Et elle éclata en sanglots.
-       Vous savez, répondit la pomme de terre, je pourrais vous raconter des choses plus horribles encore. Figurez-vous que mon fiancée a été transformé en purée ! Voilà comment ça s’est passé : un homme est venu le chercher …
Malheureusement, l’enregistrement s’arrête là. Une panne de courant, probablement.


J'adore ! 
Et il existe plusieurs tommes alors, régalez-vous !

samedi 4 novembre 2017

En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut



Un grand bol d’amour,  2 cuillères de fantaisie et une pincée de poésie : voici un cocktail littéraire à ne pas manquer !

Ce roman raconte l’histoire d’un couple éperdument amoureux qui affronte les dures réalités de la vie à sa façon, comme par magie, et en musique, à tel point que leur fils a l’impression de vivre un rêve tout éveillé. L’insouciance est au rendez-vous dans cette histoire où un petit garçon est traité « comme un personnage de roman » et où la tendresse règne en maître.

«  Ma mère me traitait ni en adulte, ni en enfant, mais plutôt comme un personnage de roman. Un roman qu’elle aimait beaucoup et tendrement et dans lequel elle se plongeait à tout instant. Elle ne voulait entendre parler ni de tracas ni de tristesse. »


Le lecteur est embarqué dans un monde à la fois imaginaire et tellement vrai, où la réalité quotidienne, banale, cruelle et triste est transfigurée par l’imagination et la tendresse.

Ici, on ne paie pas ses impôts, on n’ouvre pas le courrier, on ne va pas à l’école, on ne pleure pas, mais on rit et on danse « le slow des sentiments » sur la musique de Nina Simone qui a donné son titre au livre.

« Mes parents dansaient tout le temps, partout. Avec leurs amis la nuit, tous les deux le matin et l’après-midi. Parfois, je dansais avec eux. Ils dansaient avec des façons vraiment incroyables, ils bousculaient tout sur leur passage , mon père lâchait ma mère dans l’atmosphère, la rattrapait par les ongles après une pirouette, parfois deux, même trois…
Toujours quand ils dansaient, ils se préparaient des cocktails fous, avec des ombrelles, des olives, des cuillers et des collections de bouteilles. Sur la commode du salon, devant un immense cliché noir et blanc de maman sautant dans une piscine, se trouvait un beau et vieux tourne-disque sur lequel passait toujours le même vinyle de Nina Simone, et la même chanson : Mister Bojangles. C’était le seul disque qui avait le droit de tourner sur l’appareil, les autres musiques devaient se réfugier dans une chaîne hi-fi moderne et un peu terne. Cette musique était vraiment folle, elle était triste et gaie en même temps, et elle mettait ma mère dans le même état. »



C’est le roman d’une vie, ou plutôt d’un couple, à la fois drôle et émouvant, où l’expression « aimer à la folie » prend tout son sens.


mardi 24 octobre 2017

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

Réparer les vivants...



Quel drôle de titre ! 
D’habitude, on répare sa voiture, son vélo ou sa maison, mais pas les vivants. 
Que se cache-t-il derrière ce titre énigmatique ? Des sensations, des émotions, des oscillations entre la vie et la mort, entre le rire et les larmes ... Un coup de poing en plein coeur.
L’auteur choisit là de nous parler, de façon à la fois sensible et originale, d’un sujet de société central en France, comme dans d'autres pays du monde : le don d’organes. Pas de loi, pas de débat, juste une histoire intime qui touche forcément le lecteur.

Simon, 20 ans, est victime d’un accident de la route. Le choc est brutal. Le roman nous plonge alors au centre d’un drame familial immense et intensément triste.
Comment les parents peuvent-ils accepter la mort de leur fils ? Comment les médecins, qui n’ont pas pu le sauver, vont-ils leur annoncer la nouvelle ? Comment vont-ils les uns et les autres se tourner à nouveau vers l’avenir ? Comment penser aux vivants quand on est face à la mort ?

"Les secondes qui suivent ouvrent un espace entre eux, un espace nu et silencieux, au bord duquel ils se tiennent un long moment. Marianne Limbres commence à faire tournoyer lentement le mot coma dans sa tête tandis que Révol ressaisit la part noire de son travail, le sulfure roule toujours dans la paume de sa main, soleil trouble et solitaire, et rien ne lui a semblé plus violent, plus complexe, que de venir se placer à côté de cette femme afin qu'ils creusent ensemble dans cette zone fragile du langage où se déclare la mort, pour qu'ils y avancent, synchrones."

" La rue est silencieuse elle aussi et monochrome comme le reste du monde. La catastrophe s'est propagée sur les éléments, les lieux, les choses, un fléau, comme si tout se conformait à ce qui avait lieu ce matin, en arrière des falaises, la camionnette peinturlurée écrasée à pleine vitesse comme le poteau et ce jeune type propulsé tête la première sur le pare-brise, comme si le dehors avait absorbé l'impact de l'accident, en avait englouti les répliques, étouffé les dernières vibrations, comme si l'onde de choc avait diminué d'amplitude, étirée, affaiblie jusqu'à devenir une ligne plate, cette simple ligne qui filait dans l'espace se mêler à toutes les autres, rejoignait les milliards de milliards d'autres lignes qui formaient la violence du monde, cette pelote de tristesse et de ruines, et aussi loin que porte le regard, rien, ni touche de lumière, ni éclat de couleur vive, jaune d'or, rouge carmin, ni chanson échappée par une fenêtre ouverte - morceau de rock bondissant ou mélodie dont on reprend le refrain en riant, heureux et vaguement honteux de connaître par coeur les paroles tellement sentimentales - , ni odeur de café, parfum de fleurs ou d'épices, rien, pas un enfant aux joues rouges courant après un ballon ou accroupi menton sur les genoux et suivant des yeux une bille chinoise roulant sur le trottoir, pas un cri, aucune voix humaine s'interpellant ou se murmurant des mots amoureux, aucun pleur de nouveau-né, pas un seul être vivant pris dans la continuité des jours, occupé aux actes simples, insignifiants, d'un matin d'hiver : rien ne vient injurier la détresse de Marianne, qui avance tel un automate, la démarche mécanique et l'allure floue."


Grâce à l'écriture d'orfèvre de Maylis de Kerangal, vous vivrez au rythme des battements du cœur de Simon pendant 24 heures, dans ce roman où le cœur est plus que jamais  symbole de vie, d’amour et de générosité.